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Celeste Pérez Bleda
Avocate · Barreau d’Alicante (ICALI), nº 7301

Mis à jour le 3 octobre 2026

Réponse rapide

Le gaslighting, ou « détournement cognitif », est une forme de manipulation psychologique par laquelle l’agresseur amène la victime à douter de sa mémoire, de sa perception et de son jugement, en niant des faits évidents ou en les réécrivant. Dans une relation de couple, il peut faire partie de la violence psychologique, qui en Espagne constitue une infraction lorsqu’elle cause une atteinte psychique ou qu’elle est exercée de manière habituelle (arts. 153 et 173.2 du Code pénal).

Si vous lisez ces lignes, vous vous demandez peut-être depuis longtemps si vous exagérez, si vous vous souvenez mal ou si « tout est dans votre tête ». Ce doute permanent n’est pas un hasard : c’est précisément l’effet que recherche le gaslighting. Dans cet article, nous vous expliquons ce que c’est, comment le reconnaître à travers des exemples réels, quand il a des conséquences pénales et comment réunir des preuves pour vous défendre.

Qu’est-ce que le gaslighting

Le terme vient de la pièce de théâtre Gas Light (1938) et de son adaptation au cinéma, Hantise (1944), dans laquelle un mari manipule l’éclairage au gaz de la maison puis nie qu’il ait changé, afin que sa femme croie qu’elle perd la raison. En espagnol, on parle aussi de « hacer luz de gas ».

Ce n’est ni une dispute ni un désaccord ponctuel. C’est un schéma qui s’inscrit dans la durée et qui présente trois caractéristiques :

  • Négation de la réalité : l’agresseur nie avoir dit ou fait quelque chose qui s’est pourtant produit.
  • Discrédit : il attribue vos réactions au fait que vous seriez « excessive », « folle », « trop sensible » ou « instable ».
  • Dépendance : peu à peu, il vous convainc que lui seul détient la version correcte des choses, et vous cessez de faire confiance à votre propre jugement.

Exemples concrets de gaslighting

Voici des situations qui reviennent fréquemment dans les dossiers qui arrivent au cabinet :

  • « Ça ne s’est jamais passé, tu l’inventes », à propos d’une insulte ou d’une bousculade dont vous vous souvenez clairement.
  • Cacher des objets (clés, documents, téléphone) puis insinuer que vous avez des problèmes de mémoire.
  • « Personne ne te croira, tout le monde sait comment tu es », pour vous dissuader de raconter ce qui se passe.
  • Réécrire une dispute : vous finissez par vous excuser de quelque chose qu’il a fait.
  • Dire à la famille ou aux amis que vous êtes « à bout de nerfs » pour vous isoler et ôter toute crédibilité à ce que vous raconterez.
  • Effacer des messages du téléphone partagé et nier qu’ils aient existé.
  • Alterner mépris et tendresse pour que vous doutiez qu’il y ait réellement un problème.

Important : le gaslighting apparaît rarement seul. Il s’accompagne souvent d’un contrôle du téléphone ou de l’argent, d’isolement, de jalousie et parfois de menaces ou d’agressions. Si en plus vous avez peur, appelez le 016 (gratuit, 24 h/24, l’appel n’apparaît pas sur la facture) ou le 112 en cas de danger immédiat.

Différence avec la manipulation émotionnelle en général

Toute forme de gaslighting est une manipulation émotionnelle, mais toute manipulation émotionnelle n’est pas du gaslighting. La manipulation émotionnelle englobe le chantage (« si tu me quittes, je me fais du mal »), la culpabilisation, la victimisation ou le silence utilisé comme punition. Le propre du gaslighting est qu’il s’attaque à votre perception de la réalité : il ne veut pas seulement que vous fassiez quelque chose, mais que vous doutiez de ce que vous avez vu, entendu ou vécu.

Pour approfondir les autres formes de manipulation, nous vous recommandons notre guide sur comment repérer la manipulation émotionnelle dans une relation abusive.

Aspect Manipulation émotionnelle Gaslighting
Objectif Vous faire faire ou ne pas faire quelque chose Vous faire douter de votre mémoire et de votre jugement
Outil principal Culpabilité, peur, chantage Négation des faits, réécriture de ce qui s’est passé
Effet typique Sentiment d’obligation ou de culpabilité Confusion, insécurité, impression de « devenir folle »

Le gaslighting est-il une infraction en Espagne ?

Le Code pénal ne prévoit pas d’infraction appelée « gaslighting ». Toutefois, ce comportement peut relever de plusieurs qualifications pénales lorsqu’il se produit au sein du couple, actuel ou passé :

  • Maltraitance habituelle (art. 173.2 CP) : sanctionne celui qui exerce habituellement une violence physique ou psychique sur sa partenaire ou ex-partenaire, d’une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans. Pour apprécier le caractère habituel, on tient compte du nombre d’actes prouvés et de leur proximité dans le temps (art. 173.3), même s’ils n’ont pas été jugés auparavant.
  • Atteinte psychique (art. 153.1 CP) : causer une atteinte psychique à la femme qui est ou a été la partenaire est puni d’une peine d’emprisonnement de six mois à un an ou de travaux d’intérêt général.
  • Humiliation injuste légère (art. 173.4 CP), menaces légères (art. 171.4) ou contrainte légère (art. 172.2), lorsque la manipulation se traduit par des insultes, des menaces ou le fait de vous empêcher de faire ce que vous voulez.
  • Lésions psychiques (art. 147 CP), si la manipulation provoque un trouble nécessitant un traitement médical ou psychologique.

Pour approfondir la manière dont ce type de maltraitance est jugé, vous pouvez lire notre article sur la violence psychologique : conséquences juridiques et comment la prouver. Et pour comprendre l’empreinte qu’elle laisse avec le temps, lisez les effets psychologiques de la violence de genre à long terme.

Depuis la loi organique 1/2025, qui a transformé les tribunaux de manière échelonnée tout au long de 2025, ces affaires sont instruites par les Sections de violence à l’égard des femmes des Tribunaux de première instance (Secciones de Violencia sobre la Mujer de los Tribunales de Instancia, anciennement Juzgados de Violencia sobre la Mujer). À Alicante, la plainte aboutira à la Section de violence à l’égard des femmes du Tribunal de première instance d’Alicante ou du ressort judiciaire compétent.

Comment documenter le gaslighting

La difficulté du gaslighting est qu’il se produit en privé et laisse peu de traces visibles. C’est pourquoi la clé est de consigner ce qui se passe sur le moment, sans dépendre de votre mémoire, qui est précisément ce que l’agresseur cherche à affaiblir.

  1. Tenez un journal daté. Notez ce qui s’est passé, ce qui a été dit mot pour mot, qui était présent et ce que vous avez ressenti. De préférence dans un endroit auquel il n’a pas accès : un e-mail envoyé à vous-même depuis un nouveau compte ou une note dans le cloud protégée par mot de passe.
  2. Conservez les messages, messages vocaux et e-mails. Faites des captures d’écran où l’on voit le numéro ou le profil et la date, et gardez des copies en dehors du téléphone. Ne les modifiez pas.
  3. Les enregistrements de conversations auxquelles vous participez ne portent pas atteinte, selon une jurisprudence constante du Tribunal constitutionnel, au secret des communications et peuvent être produits comme preuve. Ce que vous ne devez pas faire, c’est les diffuser.
  4. Parlez-en à des personnes de confiance. Quiconque vous a vue changer ou a assisté à des scènes peut témoigner. Nous vous l’expliquons dans le rôle des témoins dans les affaires de violence de genre.
  5. Consultez votre médecin ou un psychologue. Les rapports cliniques qui font état d’anxiété, d’insomnie ou de symptômes dépressifs, ainsi que de leur évolution, prouvent l’atteinte psychique.
  6. Demandez un soutien spécialisé. Dans la Communauté valencienne, les Centres Femme 24 heures (Centros Mujer 24 Horas, 900 580 888) offrent un accompagnement psychologique, social et juridique gratuit.

Au cours de la procédure, le tribunal peut confier une évaluation à l’Unité d’évaluation médico-légale intégrale (Unidad de Valoración Forense Integral), et votre avocate peut produire une expertise psychologique de partie. Les deux aident à expliquer au tribunal pourquoi une victime de gaslighting peut douter, se contredire sur des détails ou avoir tardé à porter plainte.

Que faire si vous pensez en être victime

  • Fiez-vous à vos notes plutôt qu’aux versions qu’on vous donne. Si vous l’avez noté sur le moment, c’est arrivé.
  • Renouez le contact avec votre entourage : l’isolement fait partie du mécanisme.
  • Ne confrontez pas l’agresseur à vos preuves : il pourrait les effacer ou renforcer son contrôle.
  • Consultez une avocate avant de porter plainte pour bien préparer la preuve et évaluer l’opportunité de demander une ordonnance d’éloignement ou de protection.
  • Si la manipulation se poursuit sur les réseaux sociaux ou par messages après la rupture, il peut aussi s’agir de cyberviolence et de harcèlement numérique.

Questions fréquentes

Puis-je porter plainte uniquement pour gaslighting s’il n’y a pas de coups ?

Oui. La violence psychique est une infraction lorsqu’elle cause une atteinte psychique (art. 153.1 CP) ou qu’elle est habituelle (art. 173.2 CP), même en l’absence d’agressions physiques. L’essentiel est de pouvoir la prouver : messages, témoins, rapports médicaux ou psychologiques et un récit cohérent et détaillé. Il est conseillé de préparer la plainte avec une avocate afin que les faits soient décrits avec précision et que les mesures d’instruction appropriées soient demandées.

Comment savoir s’il s’agit de gaslighting ou si nous nous disputons simplement beaucoup ?

Dans une dispute, chacun défend son point de vue, mais personne ne nie systématiquement des faits évidents. Dans le gaslighting, il y a un schéma : on nie ce qui s’est passé, on vous traite de folle ou d’excessive et vous finissez par vous méfier de votre mémoire. Si vous vous sentez de plus en plus confuse, isolée et que vous vous excusez pour des choses que vous n’avez pas faites, c’est un signal d’alarme qui mérite l’attention d’un professionnel.

Les enregistrements que je fais de mon partenaire peuvent-ils servir de preuve ?

Enregistrer une conversation à laquelle vous participez ne porte pas atteinte au secret des communications selon la jurisprudence du Tribunal constitutionnel ; elle peut donc être produite dans la procédure. Il faut conserver le fichier original, sans coupures ni montage, et ne pas le diffuser. En revanche, enregistrer des conversations d’autrui auxquelles vous ne prenez pas part, ou accéder à son téléphone sans autorisation, peut être illicite et vous porter préjudice.

Quelle peine encourt la violence psychologique dans le couple ?

Cela dépend des faits. L’atteinte psychique ponctuelle à la femme qui est ou a été la partenaire est punie d’une peine d’emprisonnement de six mois à un an ou de travaux d’intérêt général (art. 153.1 CP). Si la violence psychique est habituelle, la peine est de six mois à trois ans d’emprisonnement (art. 173.2 CP), en plus des peines correspondant à chaque acte concret et de l’interdiction d’approcher.

Si vous vous reconnaissez dans ce que vous avez lu, vous n’avez rien à décider aujourd’hui, mais vous pouvez vous informer sans engagement. Celeste Pérez Bleda, avocate pénaliste forte de 20 ans d’expérience, vous aide à organiser les preuves et à évaluer les démarches les plus sûres dans le cadre de son activité de défense des femmes victimes de violence de genre. En cas d’urgence, vous pouvez appeler le 607 449 491, joignable 24 h/24.

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Celeste Pérez Bleda

Avocate en violence de genre et violence domestique à Alicante, inscrite au barreau d'Alicante sous le n° 7301, forte de 20 ans d'expérience en droit pénal. Elle défend les femmes victimes et les hommes accusés, avec son équipe, en onze langues.

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